(InitiativesDD : Initiatives d’entreprises du Nord - Pas de Calais en Développement Durable|textebrut)
Ressources Humaines /Management Economie Sociale et Solidaire / Insertion Process innovants Nouveaux marchés Achats Entreprise et Territoire Aménagement durable Energie Transports Déchets Préservation des Ressources Naturelles Thmatique concerne
 
InitiativesDD est dédié au développement durable et aux actions engagées par les entreprises innovantes du Nord - Pas de Calais. JADDE 2008 est l'occasion pour le Collectif Régional Entreprise et Développement Durable d'inaugurer de nouvelles initiatives : une vingtaine de nouvelles démarches à consulter dès maintenant sur différentes thématiques : aménagement durable, RH/Management, Process innovants, nouveaux marchés, déchets...
Scierie et Palettes du Littoral : des maisons en bois, socialement actives
Scierie et Palettes du Littoral
Effectif : 135 salariés
Activité : scierie, fabrication de palettes, transport, construction de maisons
Thématique : Process innovant
Adresse : Audruicq
Tèl. : 03.21.35.78.24
Site Web : www.chenelet.org
 
 
Pendant près de vingt ans, l’activité de "Scierie et Palettes du Littoral" a tenu dans sa raison sociale. Comme aime à le répéter François Marty, fondateur et PDG de la l’entreprise coopérative, il fallait "un métier de gros volumes, bruyant et fatigant", pour employer des personnes aux parcours de vie agités. Mais "SPL" ouvre aujourd’hui sa palette, vers l’éco-construction de maisons individuelles et l’exploitation forestière. Une évolution dont François Marty défend l’authenticité et la logique.


- Pourquoi SPL s’intéresse-t-elle aux questions du logement et de la construction ?

Nous travaillons avec des personnes pauvres. C’est vrai à SPL, c’est aussi vrai à Chênelet, notre association sœur. Nous cherchons à réduire l’exclusion à l’emploi, à rétablir les personnes en difficulté dans le droit à une alimentation saine. Et nous nous sommes rendus compte qu’en matière d’habitat aussi, ce sont les pauvres qui sont le plus pénalisés : ils habitent des maisons de mauvaise qualité, éloignées des centres de vie et très coûteuses en charges. Le logement social n’obéit qu’à une seule règle : construire pas cher. C’est une visée bien trop étroite. Selon un calcul que j’avais fait établir en 2000, la construction d’une maison bâtie pour soixante ans représentait 17 % de son coût global tandis que les charges y entraient pour 83 %. Et depuis, le prix de l’énergie n’a cessé d’augmenter…

- Quelle alternative proposez-vous ? Nous voulons construire des maisons dont la facture de chauffage ne dépasse pas 80 à 100 euros par an, qui consomment 40 % d’électricité de moins qu’une maison ordinaire et dont 40 % des besoins en eau proviennent de la récupération de la pluie. Nous proposons des maisons à ossature bois et plancher cloué, isolation en ouate de cellulose, chauffage au bois, exposition et luminosité optimum. Selon les bâtiments, nous utilisons des matériaux différents : nos premières maisons de Landrethun-le-Nord ont des murs et cloisons en terre crue. Ce ne sont pas des maisons pour bobos mais des habitations sociales. Toutes ont été pensées avec leurs futurs habitants : ce sont eux qui ont réclamé un vrai cellier, des chambres bien isolées phoniquement des autres pièces ainsi que des portes-fenêtres, au rez-de-chaussée, pour pouvoir faire entrer et sortir un lit médicalisé. Les architectes n’y auraient pas pensé tout seuls et ils ont répondu à ces souhaits.

- Comment vendez-vous vos maisons aux décideurs locaux ?

Les élus ne sont pas sourds, ni butés. Si on leur soumet des projets intéressants, des solutions réalistes, qui apportent du bien-être à la population, ils ne ferment pas leur porte. Nous leur proposons des montages fonciers basés sur le bail emphytéotique et les clauses sociales destinées aux entreprises d’insertion. De même, nous rassurons les SA d’HLM en leur apportant une mécanique crédible, loin de l’image d’empêcheurs de bâtir, ou de rêveurs, des écologistes. Moi, je suis écolo et je suis au Medef ; et cela me donne de la crédibilité. Nous essayons de creuser le même sillon avec les banques. Nous voulons mettre au point un vrai prêt éco-habitat, prenant en compte ce qu’on peut appeler le coût de fonctionnement d’une maison. Les banques, elles aussi, font une erreur historique majeure en ne considérant que le coût d’achat d’un logement.

- Le marché est-il mûr, en termes de filières et de débouchés ?

Nous avons une centaine de maisons en commande. Nous avons lancé un programme important à Loos-en-Gohelle, en partenariat avec l’assocation pour la solidarité active, de Liévin. Et nous sommes en train de monter un réseau national "Chênelet Construction", sur le modèle du réseau Cocagne, qui rassemble des structures solidaires, ouvertes à des gens éloignés de l’emploi, sur une activité d’utilité sociale. L’objectif est de partager des ressources sur les procédés de construction. La Région Nord – Pas de Calais nous soutient dans l’établissement d’un référentiel accessible à tous. On risque de nous piquer des idées ? Mais qu’on nous les pique ! Certains pionniers du développement durable sont restés dans une position de repli, protégeant leurs trouvailles. Résultat, le marché n’est jamais apparu. Nous, nous sommes des "faiseux", pas des idéologues. Nous faisons en marchant.

- Comment conciliez-vous la construction de logements et les anciennes activités de SPL ? D’abord, nous n’avons pas attendu cette diversification pour nous doter de locaux et d’un matériel moderne. Notre scierie est adaptée à tous les bois, y compris les bois locaux. Nous fabriquons exclusivement des palettes hors standards et nous sommes leaders nationaux sur ce créneau. Nous avons de nombreuses machines robotisées et toutes nos opérations sont gérées par un ERP (*). Nous n’avons pas dû faire d’investissement technique particulier pour commencer à produire des éléments de maison préfabriqués. En ce qui concerne la matière première, nous venons de nous lancer dans l’exploitation forestière avec débardage à cheval ; nous ciblons les petites parcelles où les gros engins ne peuvent intervenir sans faire de dégâts.

- Le personnel de l’entreprise vous suit-il dans cette évolution ?

Nous faisons énormément de formation : nous avons l’équivalent de deux postes et demi de formateurs ainsi que dix tuteurs dans l’effectif. Tous les ouvriers de SPL considèrent comme normal de travailler sur l’informatique, de même que les cadres passent une partie de leur temps à travailler en atelier. Manier l’ordinateur, les robots est devenu une base de qualification, qui peut provoquer d’autres envies de formation, comme celle d’apprendre à lire par exemple… Nous ne voulons pas d’une relation aidant-aidé. Nous essayons de proposer à chacun un parcours progressant. Dans notre activité de construction, nous participons à la revalorisation des métiers du bâtiment et nous attirons des gens sans qualification qui n’y seraient jamais venus. C’est tout de même plus sympa et gratifiant de bâtir une maison écologique, avec des matériaux sains, que d’être coffreur à béton…

(*) Enterprise Resource Planning, parfois traduit en français par Progiciel de Gestion Intégrée