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Le point de vue de Jean Marie TOULISSE et Bernard QUINTREAU(*)
En 2003, parce que nous nous étions aperçus que nombre de salariés ne connaissaient pas leur situation personnelle en matière de droit à la retraite, la réforme des retraites a créé le droit à l'information retraite pour les salariés. Près d'un million et demi de salariés ont reçu à la fin de 2007 un relevé personnel de carrière ou une estimation du montant de leur retraite future. Le taux de satisfaction très élevé (+90%) des premiers destinataires est une excellente nouvelle.
En outre, en 2008, nous nous apercevons que les employeurs continuent à discriminer les salariés expérimentés.La très grande majorité des employeurs est toujours ignorante des mesures concernant le maintien dans l'emploi des salariés âgés.
A l'image du droit à l'information des salariés, nous proposons d'instaurer "le droit à l'information individuelle des employeurs et des salariés sur les fins de carrière et la retraite à la carte". Chaque année, les employeurs recevraient un document qui comprendrait des mesures emploi et retraite favorisant le maintien dans l'emploi des salariés expérimentés qui le souhaitent, cette information étant également ouverte aux salariés. Il faut bien en effet se rendre à l'évidence, si les grandes campagnes gouvernementales ont permis une meilleure sensibilisation de l'opinion, le taux d'emploi des seniors reste très mauvais : 4 salariés seulement sur 10 sont encore au travail entre 55 et 64 ans. Pour les salariés, c'est un drame social et humain, pour les entreprises, c'est une perte inestimable d'expérience, de savoir-faire et de savoir-être professionnels, pour l'économie c'est un coût exorbitant d'indemnités chômage, maladie ou invalidité.
Au moment du deuxième rendez-vous de la réforme des retraites, à quoi cela servirait d'augmenter la durée de cotisation quand la majorité des salariés n'est déjà plus au travail au moment de liquider leur retraite ? Plus largement, nous ne comprenons pas que toute la pression se concentre sur le salarié alors que ce n'est pas lui qui décide de rester au travail ou d'en sortir.
En France, c'est l'employeur qui est le seul décideur. Avec cette détestable réglementation de la mise en retraite d'office, c'est l'employeur qu impose au salarié le départ en retraite dès l'acquisition complète de ses droits. Le droit à la retraite et encore plus à une retraite à la carte doit devenir un droit exclusif du salarié. Pour cela, il ne doit plus dépendre du bon vouloir des employeurs.
Libérer le salarié de cette mise en retraite d'office est la première des décisions à prendre. Affirmer que l'expérience est une richesse ne suffit pas, il faut dorénavant le prouver aux employeurs. Maintien de la productivité, absentéisme limité, richesse de l'expérience... De nombreuses études démontrent l'apport positif des seniors dans les entreprises. Cela devrait être connu et reconnu par toutes les entreprises, de toute taille.
Les branches professionnelles comme les territoires ont un travail essentiel d'explication dans ce domaine. Il n'est pas difficile d'expliquer que le départ précoce d'un senior est toujours une perte pour l'entreprise, mais il faut oser l'affirmer et le prouver ! Ce n'est que par une action d'information directe auprès de ceux-là mêmes qui décident des conditions de maintenir ou non dans l'emploi des salariés âgés qui nous les aiderons à changer de comportement, à modifier leurs préjugés négatifs sur les seniors.
(*) Jean-Marie TOULISSE, président du comité des usagers du droit à l'info retraite. Bernard QUINTREAU, auteur du rapport "Âges et emploi à l'horizon 2010".
Ils sont tous deux membres CFDT du Conseil économique et social
Source : La Tribune - 23 avril 2008
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