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Questions à Yazid Sabeg Version imprimable Suggérer par mail

Nommé commissaire à la Diversité et à l’Egalité des chances en décembre par le Président de la République, Yazid Sabeg veut redonner du sens aux valeurs de la République. Mesurer la diversité constitue l’une de ses mesures-phare pour lutter contre la discrimination et remettre en avant l’égalité des chances, comme lui-même il en a bénéficié.

Face Grand Lille : Le président de la République vous a commandé un programme d’actions sur la diversité et l’égalité des chances. Pourquoi, alors qu’un arsenal législatif dans ces domaines existe déjà ?

Yazid Sabeg : C’est vrai, mais ces textes sont peu ou prou appliqués. Le Président de la République estime que la diversité d’une part et l’égalité des chances d’autre part correspondent à un mouvement général et irréversible de la société et qu'elles ouvrent des voies inédites pour agir.
En tant que commissaire à la Diversité et à l’Egalité des chances, ma mission est de mobiliser et de stimuler toutes les ressources de l’Etat comme je l’ai fait à Lille voilà peu en mettant en place avec Eric Woerth une classe préparatoire intégrée à l’Institut régional d'administration (IRA) réservée aux personnes issues de milieux sociaux ou de quartiers défavorisés.

Face Grand Lille : La discrimination touche d’abord la diversité au premier rang desquels se situent les immigrés. L’une de vos principales mesures concerne la mesure de cette diversité.

Votre question appelle deux remarques. La première, c’est que la discrimination et l'immigration ne sauraient se confondre. Et je crois même dangereux de persister à les associer. Les minorités visibles en France ne sont pas toujours des étrangers ! Ces minorités, d’ailleurs, en ont assez d'être renvoyées à des origines supposées. Il y a dans notre République des citoyens français discriminés à raison de leur couleur de peau, mais aussi par leur lieu d’habitation, leur handicap, leurs origines sociales ou autres. Deuxième remarque, nos outils statistiques ne rendent pas compte de la diversité et de la réalité socio-ethnique française. On a beaucoup de mal à mesurer les discriminations ethniques. C’est pour cela que je propose de mettre en oeuvre des instruments pour mesurer les écarts entre l'égalité réelle et l'égalité formelle dans cette République idéale et indivisible que nous souhaitons tous. Il reste à définir les modalités techniques de cette mesure, et encadrer fermement l'usage des données déjà accessibles à ce jour.

Face Grand Lille: Comment mettre en oeuvre une telle mesure sans l’associer à un fichier ethnique et sans engendrer une polémique ?

Il n’y a pas de polémique à nourrir car il est hors de question de faire des fichiers ! Il faut cesser d’alimenter les fantasmes. Je le répète : quels que soient les éléments recueillis, ils seront anonymes dès le départ, et sur une base volontaire. De plus, il faut laisser aux individus toute marge de manoeuvre pour éviter toute assignation. Contrairement à ce que j’entends parfois, cette mesure n’est pas un « préalable indispensable », elle permet seulement de mieux agir. Elle n’est pas non plus une « fin en soi », mais un indicateur supplémentaire pour l’action.

Face Grand Lille : Selon vous quel rôle peuvent jouer les entreprises pour lutter contre la discrimination et favoriser l’égalité des chances ?

La responsabilité sociale de l’entreprise est primordiale dans la lutte contre les discriminations. D’ailleurs, je souhaite étendre à de nombreuses entreprises le label "diversité", annoncé en décembre par le Président de la République. Ce label devra comporter l’obligation de publier dans le bilan social des entreprises l’ensemble des progrès réalisés en matière de diversité La diversité est un enjeu de la négociation collective et l’entreprise doit créer les liens entre les territoires et les citoyens donc pour l’égalité des chances et justement c’est en période de crise que ces liens doivent être renforcés entre tous les acteurs économiques, sociaux et du secteur de la formation » Vous marquez d’ailleurs l’accent dans votre rapport sur la formation… Il est indispensable que les filières de formation ne soient pas discriminantes, ce qui ne veut pas dire abaisser le niveau car je souhaite un haut niveau d’éducation et de formation. A condition que tout le monde puisse en bénéficier. Pour cela, nous devons élargir les possibilités d’accéder aux filières en alternance et aux filières courtes. Cette dynamique sera menée avec les entreprises, où 5 % des effectifs devraient être constitués par la formation en alternance. Les missions locales doivent aussi être professionnalisées dans cette perspective. Enfin, pour le recrutement, il est souhaitable d’élargir la pratique du CV anonyme, mais sans coercition. D’une manière générale mon ambition est de faire retrouver à notre République l’une ses valeurs fondamentales : la réussite et l’égalité des chances pour tous !

Source : FACE Grand Lille Avril 2009